lundi, avril 10, 2006

Atelier d'écriture, deuxième épisode

Voilà désormais six mois que je participe à un atelier d’écriture parisien. Mes premières impressions (voir article du 8 décembre dernier « La France exacte ou presque ») étaient somme toute assez nuancées voire mitigées.
Quoi de neuf depuis ? Après quelques désistements (nous avons eu la tristesse de perdre le très (trop?) incisif Charles-Eric…) notre petit groupe s’est vu progressivement diminué et passer de 13 à 8 participants.Cela n’a pas pour autant ni resserré les liens qui auraient pu nous unir les uns aux autres (sauf quelques rares exceptions) ni densifié les cours.Par contre, je peux maintenant donner très clairement et dans la plus grande impartialité mon avis sur les avantages d’assister à ce type d’atelier et les bonnes raisons qui doivent vous y mener.
Je conseillerais un demi-tour gauche à tous ceux qui pensent que :
- Ecrire s’apprend (en dehors des cours de CP).
- On va vous enseigner les techniques narratives.
- Sans aimer lire on peut aimer écrire.
- Chacun de vos écrits sera sanctionné, corrigé et réorienté.
- Vos atouts de départ vont croître et embellir.
- Vous trouverez des auditeurs attentifs et pertinents.
- Vous allez laisser tomber vos tics d’écriture et vos penchants naturels.
- Assister assidûment aux cours vous prémunit de travailler l’écriture par ailleurs.
Par contre, soyez les bienvenus si vous pensez trouver :
- Un groupe de gens qui auront pour point commun avec vous le goût de l’écrit.
- Un animateur consensuel.
- Des approches diverses et variées de courants littéraires (monologue intérieur, écriture blanche, le surréalisme etc).
- Un ou deux participants toujours avides de vous cataloguer.
- Quelques soirées interminables autour d’une tisane tilleul-verveine à discuter en sous groupe de l’intérêt d’utiliser le passé composé dans l’écriture blanche…
- Une toute petite émulation de groupe.
- Un enrichissement personnel raisonnable et raisonné.
Le seul hic est le tarif. 345 euros le trimestre c’est beaucoup trop cher. Le véritable intérêt réside dans la rencontre avec des personnes intéressantes et dans le fait de se retrouver face à des contraintes d’écriture qu’on ne se serait pas imposé seul.Pour ma part, le fait de devoir plancher sur l’écriture blanche* à été une véritable épreuve. Pour d’autre, cela coulait de source. Même souci sur le monologue intérieur** où j’ai eu beaucoup de mal à déconstruire le récit afin que les phrases se succèdent comme dans l’anarchie d’un raisonnement inconscient.
En voici un exemple avec une partie de mon texte et un que j’ai emprunté à une participante :
« Le plus beau jour de ma vie !! Dommage que le stress… l’heure ? 16h30, inquiétant ? Trente minutes ! Curé passé où ? Mains moites, transpiration, la bague ? Ok poche gauche, poche gauche, quoi d’autre ? Ah oui, le traiteur, dommage cassolette de ris de veau par 35°, je l’avais dit mais comme d’habitude voilà, trop faible trop faible faudra que ça change avant qu’il soit trop tard. Et Véro pas là, est-ce qu’elle va se souvenir de passer directement à la chanson numéro 5, sinon c’est cata, si elle oublie de passer en 5, on arrive directos sur quoi déjà ? Oh non ! Ce ne serait pas la chanson de Boris Vian ? « On n’est pas là pour se faire engueler, on est là pour voir le défilé ! » Défilé tu parles d’un défilé sans cortège ! Et un mariage sans la mariée ça donne quoi ? En même temps ça change… Tiens, c’est quoi ce truc ? L’organiste fait ses gammes, ou alors c’est la marche nuptiale version Olivier Messiaen, si je me retourne je suis bon pour recevoir de plein fouet le regard compassé d’environ 200 personnes, mains moites mains moites, rester digne, surtout rester digne, poche gauche, poche gauche, j’espère qu’il ne lui est rien arrivé bon sang, la pauvre quelle angoisse, c’est quoi cette tache de boue sur le bord de ma godasse, un chien ? Si discrètement je la frotte le long des franges du prie dieu, y a des chances que…d’ici deux secondes le curé va venir me faire des remontrances pour retard sur timing ! Et ce costard qui me moule comme un bas de contention, quelle horreur ! Y aurait que moi, je courrais tout droit vers la sortie, non avant j’irais vider cul sec le vin de messe puis j’irais piquer les sous de la quête et filerais devant les regards médusés de la famille Duchemole au volant de la Mercedes de location sans demander mon reste ! Sous l’effet de la vitesse, les couronnes de fleurs tomberaient les unes derrières les autres dans une pluie de pétales… Ca se fait un jogging blanc pour le vin d’honneur ? Pas le droit d’être à l’aise le plus beau jour de sa vie. »
Pour ce texte, je me suis pris une belle remontrance car j’avais outrepassé mon droit d’aspirant écrivain. J’avais osé écrire au masculin ! Cela n’a pas plu à certains de ces messieurs…
Voici le texte emprunt de poésie fleurie d’une autre participante, avec toujours en contrainte le monologue intérieur :
« Putain, j’ai pas le temps, putain pas le temps, con de clé ! Ah ! Il faut que je ponce la marche. Bon. Pourquoi, ce panneau, se détache toujours quand je suis pressée punaise ! C’est la dernière fois que je loue un meublé. Cintre, manteau, non l’inverse repose le cintre enlève le manteau reprends le cintre range le manteau. Quelle heure est-il ? Oh non ! Bon, qu’est-ce que je fais ? Le chevreuil. La gelée de framboise, douche. Mijoter une heure ? Plus de gel douche ! Oh putain j’ai failli clamser ! Je dois mettre un tapis de bain ça serait con d e m’enfoncer le coin de la baignoire dans la gueule ! Elle va en faire une tête Caro quand elle va le voir ! Ah t’en as jamais eu d’aussi beau dans ton lit hein ?! Pourtant ça a défilé ! Et t’es fière en plus ! Ces jets thalasso quel bonheur, j’ai bien fais de m’offrir ce truc. La vendeuse était une pouffe peroxydée qui mettait pas son produit en valeur genre, achetez ça Hollywood vous ouvrira ses portes…Raaah j’ai de l’eau dans l’oreille. Si il me voyait me tortiller comme ça le julot il ferait demi tour. Il faut pas que j’oublie de ramener le dossier Cariche lundi. Franchement à ce niveau c’est de l’exploitation pure et simple : un soir où j’e lui ai dit que je voulais partir à l’heure le Landru. Un soir. Aaah c’est chaud. Il m’a gardée plus tard que jamais le salaud. T’avais qu’à quitter ta femme connard, il faut pas s’étonner si j’ai d’autres fréquentations après m’avoir laissé poirauter comme une conne à Saint Tropez. Ah ! Quand je présenterai mon apollon à la prochaine fête du bureau il va être vert de rage le Landru. Fallait quitter ta femme. Enceinte ! J’croyais qu’il y avait plus rien entre vous. Il m’a bien prise pour une débile. Cette garce. Elle fout rien de ses dix doigts. Passer son temps en institut de beauté ça mérite l’amour ça ? » ***
Voici donc la preuve d’une certaine diversité au sein des ateliers…Le maître mot est de se lâcher alors bien sûr c’est comme dans tout, certains pensent alors que tout est permis et qu’on peut agir en écriture comme en alcool. Il y a dès lors des excès qui ont bien vite le goût du vomi.
Mon conseil, si vous doutez de vos capacités à assister à un atelier d’écriture dites vous bien que la simplicité et l’humilité seront toujours de précieux alliés et au mieux achetez vous l’incontournable livre de Jean Guenot « Ecrire ». Il vaut tous les ateliers du monde.
* technique littéraire basée sur l’absence d’engagement de l’auteur et de style avec phrases simplissimes et concrètes.
** discours sans auditeur et non prononcé par lequel un personnage exprime sa pensée la plus intime.
*** retranscrit avec les fautes d’orthographes originelles.

15 commentaires:

Saoulfifre a dit…

"Ecrire", de Jean Guenot, je l'ai acheté 2 fois, et 2 fois j'en ai fait cadeau à des écrivains potentiels...

J'aime bien les billets où j'apprends quelque chose, celui-ci en est un, mais vraiment, c'est une belle anti-pub pour ce genre de stages q:^) ! Je pense qu'on doit trouver des tarifs plus "barato", dans des associations à but moins lucratif ?

Anonyme a dit…

Je trouve ce blog bien dur. J'ai moi aussi participé à ces ateliers, et je connais aussi d'autres cas, et il est rare que les participants soient si durs les uns envers les autres que ce que vous decrivez. L'exemple choisi me semble tres carricatural, et je ne crois pas que cela soit la regle. N'avez vous pas choisi les situations et les textes les plus extremes pour soutenir votre propos ?

chutney a dit…

Ce n'est là que mon avis personnel et je ne cherche pas à l'ériger en règle absolue. Chacun réagit en fonction de son vécu et de ses sensibilités. Admettons que la mienne soit à fleur de peau. Ce qui vaut pour cet atelier ne vaut pas pour tous les ateliers bien entendu que je ne connais pas par ailleurs. Je suis persuadée que certains des participants qui m'accompagnent auront en avis completement divergent au mien. C'est la vie et ça n'a rien de trop dur ou de trop caricatural quand je cherche à demystifier un tant soit peu ce type d'ateliers qui vous font miroiter a mon gout un peu plus qu'ils ne peuvent vous donner.

chutney a dit…

Saoul fifre : Je sais qu'il existe des cafés littéraires gratuits et que les mairies proposent ce type d'atelier avec moins de pretention mais peut être du coup un peu plus de gin- gin comme on dit chez moi!

Pascalou, lou castor a dit…

Olé !! Merci du conseil Chutney! Je cours sur Amazon m'acheter le "Guenot" et le Bled aussi parce que je suis une vraie bille en conjugaison.

In libro Veritas

Blog Trotter a dit…

La plus maîtrisée des techniques, qu'elle s'enseigne dans un atelier bobo de St Germain ou dans une MJC du 93, ne se justifie que si elle sert un réel contenu. Ecrire n'est pas seulement savoir construire une phrase comme on encastrerait des cubes de lego. Il faut de la matière, de la substance, pour donner vie à un texte. Sinon, cela reste de la "branlette beigbedienne"!...

chutney a dit…

Ca fait cher la branlette !

Saoulfifre a dit…

Moi, j'en ai plein les couilles, de Beigbeder ! Si par un extrème hasard, une fille veut un enfant qui lui ressemble... ?

Anonyme a dit…

Ca fait cher la branlette !

Les rejetons de Grasset semblent, effectivement, doués pour l'onanisme mondain.

Blog Trotter a dit…

Ca fait cher la branlette !

Les rejetons de Grasset semblent, effectivement, doués pour l'onanisme mondain.

[edit: identification]

Anonyme a dit…

bonjour,
heureusement il existe aussi des ateliers d'écriture en ligne qui sont totalement gratuits et tout aussi conviviaux.

Paul-Terry Aëno a dit…

Il est vrai Chutney que l'ouvrage "Écrire" de Jean Guénot est d'une qualité sans concession concernant l'apprentissage de l'écriture. J'apprécie beaucoup le style avec lequel il "passe" la densité de son expérience : ses mots transpirent de vécu et certifient que nous échappons à l'emprise d'un néophyte ayant sorti un bouquin technique à la va-vite pour faire du blé.

Il y a pléthore d'ouvrages sur les techniques et exercices d'écritures, comportant des approches d'entraînement plurielles, de très ludique à très austère : chacun peut faire son choix selon ses affinités. J'aime aussi le coffret triade "Petite fabrique littéraire", spécifiquement "Les petits papiers" et "Lettres en folie" du binôme Duchesne/Leguay.

Pour tous ceux qui n'ont pas fait d'études littéraires notamment, ce genre d'ouvrages propose des clarifications des différents types d'écrits et de nombreux exercices, nécessaires au profane.

J'en reviens à Guénot : mon seul bémol concerne les lectures support aux exercices qu'il recommande. Rien à redire sur la pertinence des exercices proposés en soi, mais, et c'est tout-à-fait personnel, les ouvrages qu'il faut compulser ou relire pour pouvoir réaliser ces exercices ne correspondent pas du tout à mes goûts personnels, ce qui érode mes envies. Tous les amoureux de l'écriture peuvent néanmoins foncer tête baissée et dévorer ce pavé passionnant rien que pour le plaisir en adaptant les exercices.

Le plus amusant et le plus classe en même temps, c'est que même après avoir déboursé les près de 70€, le message reste inaccessible : ce manuel de fort belle facture est imprimé à l'ancienne et il faut encore s'armer d'un coupe-papier et de patience pour en libérer les 530 pages. Les travaux des maîtres se méritent jusqu'au bout...

Pas envie de rédiger de belles notes comme tu sais les faire sur ce genre d'ouvrages, Chutney ?

paulterryaeno@free.fr

chutney a dit…

Une fois que j'aurais reussi à le digérer, c'est une idée qui me plait au plus haut point!
D'accord avec toi sur les livres selectionnés par Guenot pour les exercices. Il faut adapter à sa sauce...

Paul-Terry Aëno said... a dit…

Et bien alors espérons que tu digères vite et bien.

Quant aux sauces, vu l'appellation qualitativement contrôlée de ton blog, elles semblent être ton rayon. Et sont en tout cas particulièrement goûteuses et digestes au lecteur...

magil a dit…

CONCOURS de NOUVELLES 2008-2009
Thème : Souvenir d’enfance
doté de 350€ de prix
organisé par l’association
Mancie-Passion
avec la participation des
Editions du Bord du Lot.
Marraine: Catherine LEPRINCE,
actrice et écrivain
Le règlement est retirer à :
EDITIONS du BORD du LOT
10 Bd Danton
47300 VILLENEUVE sur LOT
à télécharger sur www.bordulot.fr
ou à demander à: contact@bordulot.fr